Cabinet Papillon

Accompagnement du stress post-traumatique

Ces conseils accompagnent un suivi médical et psychologique, ils ne le remplacent en aucun cas. Je n'accompagne les personnes présentant un état de stress post-traumatique que si elles bénéficient déjà d'un suivi thérapeutique en parallèle — la forme importe moins que le fait d'être accompagnée. Mon travail vient en complément de ce suivi, jamais à sa place. Un point qu'il faut connaître avant de commencer quoi que ce soit : un travail corporel peut réveiller ce qui était contenu. Massage, acupuncture, respiration profonde, pratiques de relâchement — toutes peuvent faire remonter des sensations, des images ou des émotions inattendues. Ce n'est pas un accident, c'est même parfois le signe que quelque chose se remet en mouvement ; mais cela ne doit pas se produire sans que vous soyez accompagnée. Si cela vous est déjà arrivé, dites-le moi avant la séance. Si vous avez des idées noires, le sentiment que votre entourage irait mieux sans vous, ou l'impression de ne plus pouvoir tenir : parlez-en aujourd'hui même à votre médecin, psychologue, psychiatre ou professionnel de la santé mentale de confiance.

Plusieurs lectures, plusieurs esprits

Ces tableaux suivent la théorie des zàng fǔ, celle des organes et de leurs relations, qui est la plus couramment employée. Ce n'est pas la seule. D'autres lectures, issues des courants taoïstes, décrivent des mécanismes moins connus dans lesquels les différents tissus du corps peuvent abriter la mémoire de traumatismes, et où ces traumatismes deviennent à leur tour la source de troubles psychiques. Nous pouvons en parler en consultation si votre situation le demande.

Une chose mérite d'être dite au passage, parce qu'elle change le regard : la médecine chinoise ne conçoit pas un esprit unique, mais plusieurs. Le Ling Shu, dans son chapitre consacré à la racine des esprits, en attribue un à chaque organe — le shén 神 au Cœur, le hún 魂 au Foie, le pò 魄 au Poumon, le yì 意 à la Rate, le zhì 志 aux Reins. Cela explique pourquoi, en médecine chinoise, une souffrance psychique n'est jamais « dans la tête » : elle a toujours un lieu dans le corps, et ce lieu oriente le soin.

Ce que la médecine chinoise observe

Le corps n'est pas un contenant passif de ce qui nous arrive. Quand une atteinte — physique ou émotionnelle — ne peut être ni repoussée ni digérée sur le moment, l'organisme ne la fait pas disparaître : il la met à l'abri. Il l'écarte de la surface et la dépose plus profondément, à un endroit où elle ne menace plus le fonctionnement immédiat. C'est un compromis, et c'est ce qui permet de continuer à vivre.

Cela vaut pour un événement unique et brutal. Mais cela vaut tout autant — et souvent davantage — pour ce qui s'est répété, installé, prolongé sur des années : une enfance sous tension, une relation qui abîme, une situation dont on ne pouvait pas sortir. Dans ces cas-là, il n'y a pas eu un choc mais une usure, pas d'« après » identifiable, et parfois aucun souvenir précis à désigner. Le mécanisme décrit ci-dessous est pourtant le même, et il est même plus profondément installé, parce qu'il a fonctionné plus longtemps.

La médecine chinoise appelle cela un pervers latent : quelque chose qui n'est ni chassé ni résolu, mais logé. Et elle décrit les étages successifs où cela se loge.

L'idée est très ancienne. Le Su Wen — l'un des deux textes fondateurs de la médecine chinoise, compilé il y a quelque deux mille ans, au tournant de notre ère — l'énonce déjà en une phrase, dans son troisième chapitre : « celui qui est atteint par le froid en hiver développera au printemps une maladie de chaleur ». Ce qui n'a pas pu être traité sur le moment ne disparaît pas. Il attend, et il ressort plus tard — à une autre saison, sous une autre forme, souvent méconnaissable. C'est de cette observation que descend toute une part de la médecine chinoise, et elle décrit assez exactement ce que vit une personne dont le passé remonte des années après, par des voies qui semblent sans rapport.1

Cette mise à l'abri se fait par étages, de la surface vers la profondeur.

En surface, c'est le corps qui reste prêt. La garde permanente, la mâchoire serrée, les épaules qui ne redescendent plus, les sursauts : le corps continue de se tenir prêt à se défendre longtemps après que le danger a disparu.

Plus profondément, ce qui n'a pas pu être relâché se fixe au niveau du Sang, qui abrite l'esprit. Les émotions s'y figent au lieu de circuler.

Plus profondément encore, le corps emmène vers l'intérieur ce qu'il ne peut pas traiter et l'y maintient en sommeil. C'est une négociation : il accepte de loger le problème au fond plutôt que de livrer une bataille qu'il ne peut pas gagner. Il achète du temps. On ne guérit pas, mais on tient. C'est la lecture qu'en donne Jeffrey Yuen, dont l'enseignement a formé une grande part des praticiens occidentaux sur ces questions.2

Et ce maintien a un prix. Pour contenir ce qui est enfoui, le corps produit de l'humidité — et cette humidité pèse sur le Jing, la réserve la plus profonde, celle qui touche au constitutionnel et à ce qui se transmet dans une lignée. Autrement dit, ce n'est pas le traumatisme qui descend jusqu'au niveau ancestral : c'est l'effort permanent pour le contenir qui puise à cette profondeur.3

Cet effort n'est pas fait pour durer. Il est conçu comme une mesure d'attente, le temps de réunir les ressources nécessaires. Quand ces ressources manquent trop longtemps, la retenue finit par céder et l'humidité déborde — c'est la manière qu'a le corps de dire qu'il ne peut plus tenir seul.

C'est pourquoi certaines personnes portent un poids qui ne correspond à aucun événement de leur propre vie. Ce n'est pas une métaphore : c'est une profondeur d'atteinte.

Ce que cela implique pour le soin : on ne dégage pas ces niveaux dans le désordre, ni dans la précipitation. On ne remonte ce qui a été enfoui que si le terrain est assez solide pour le supporter — d'où l'importance de nourrir avant de libérer. C'est exactement l'objet des conseils qui suivent.

Ce que l'alimentation peut faire, et ce qu'elle ne peut pas

Disons-le franchement : l'essentiel du travail sur ces niveaux ne passe pas par l'assiette. Il passe par les points d'acupuncture, le toucher, le mouvement, la respiration — et par un travail thérapeutique, quelle qu'en soit la forme : thérapie par la parole, EMDR, EFT, hypnose, ou toute autre approche qui vous convient. L'alimentation ne libère pas un pervers latent.

Ce qu'elle fait, en revanche, est indispensable : elle reconstitue le terrain sans lequel rien ne peut être libéré sans danger. Un organisme épuisé n'a pas les moyens de traverser ce qui remonte. C'est la partie du travail qui vous revient, tous les jours, entre les séances.

À privilégier

  • Des repas à heures régulières. Le traumatisme désorganise les rythmes — sommeil, faim, vigilance. Rétablir une régularité alimentaire est l'un des premiers ancrages disponibles, et l'un des plus concrets.
  • Des aliments cuits, tièdes, faciles à digérer. Une vigilance prolongée met la digestion en veille : le corps en état d'alerte ne digère pas. Soupes, bouillons, céréales bien cuites, légumes fondants — ce qui demande peu de travail.
  • Des aliments qui nourrissent le Sang, car c'est le Sang qui abrite et ancre l'esprit. Voir les conseils Nourrir le Sang, dans la version qui correspond à votre alimentation.
  • Manger dans le calme, et si possible pas seul. Le repas est l'un des rares moments où l'on peut, plusieurs fois par jour, s'exercer à être en sécurité. Table débarrassée des écrans, sans informations, sans conflit.

À éviter

  • Le café et les excitants, qui entretiennent l'état de guet. Chez une personne déjà hypervigilante, ils transforment une vigilance de fond en agitation épuisante.
  • L'alcool. Il donne l'illusion d'un relâchement, mais désorganise le sommeil profond — celui-là même qui permet de digérer les expériences — et aggrave nettement à l'échelle de la semaine.
  • Manger en état d'alarme : debout, dans l'urgence, en travaillant, en lisant des actualités. Mieux vaut un repas simple pris assis qu'un repas soigné avalé sous tension.
  • Les régimes restrictifs et les jeûnes prolongés, tant que le terrain n'est pas reconstitué. Ce n'est pas le moment de retirer, c'est le moment de nourrir.

Mode de vie

  • Le sommeil est la priorité absolue, avant tout le reste. Voir les conseils Améliorer son sommeil.
  • Multipliez les moments de calme, courts et fréquents. Un système nerveux resté longtemps en alerte ne se rassure pas par une grande séance mensuelle, mais par la répétition de petits moments où rien ne menace. Quelques minutes de respiration lente, une pause sans écran ni bruit, un temps assis avant de reprendre — plusieurs fois par jour plutôt qu'une fois par semaine. Les techniques de respiration, de méditation et d'ancrage sont détaillées dans les conseils Calmer l'anxiété ; elles s'appliquent ici de la même façon.
  • L'écriture peut aider, à petites doses. Poser sur le papier ce qui pèse, sans se relire ni chercher la forme, allège souvent. Deux précautions toutefois : commencez par des séances courtes, et arrêtez-vous si l'écriture vous emmène plus loin que vous ne vouliez aller. Comme le travail corporel, elle peut réveiller ce qui était contenu — c'est un outil à manier avec votre thérapeute plutôt que seule, au début.
  • Bouger sans se mettre en danger. La marche, en particulier dehors, convient presque toujours. Les pratiques très intenses peuvent en revanche réactiver un état d'alerte chez certaines personnes — à observer, et à me dire.
  • Le chaud contre le froid. Garder les lombes, les pieds et la nuque au chaud n'est pas un détail : ce sont les zones où la garde s'installe.
  • La régularité plutôt que l'intensité. Dix minutes tous les jours valent mieux qu'une longue séance une fois par mois. C'est vrai du mouvement, de la respiration, du repos.

Du côté de la recherche occidentale

La recherche contemporaine a documenté ce que les cliniciens observaient depuis longtemps : un traumatisme ne se loge pas seulement dans le souvenir, mais dans la régulation du système nerveux autonome — le rythme cardiaque, la respiration, la vigilance, la perception des sensations internes. C'est le propos de Bessel van der Kolk dans Le corps n'oublie rien (2014), ouvrage de référence sur la place du corps dans le trauma.4

Cette littérature explique pourquoi les approches purement verbales sont parfois insuffisantes, et pourquoi le travail corporel et respiratoire y a sa place — à condition d'être accompagné.

Sources

  1. Su Wen, chapitre 3 (traduction Paul Unschuld, commentaire de Wang Bing) — doctrine du pervers latent (fú xié)
  2. Enseignement de Jeffrey Yuen sur la latence des canaux distincts (jīng bié), ancré dans le Ling Shu (chapitres 5, 8, 10, 14)
  3. Yvonne Farrell, « Psycho-Emotional Pain and the Eight Extraordinary Vessels », chapitre Dai Mai, p.139-148, p.164-165
  4. Bessel van der Kolk, « Le corps n'oublie rien » (2014)